Abbas n’avait jamais couru de sa vie.

Un jour, il s’y est mis. Et pas qu’un peu : il est devenu ultra-marathonien et enchaîne les courses de 50, 75 ou 100 kilomètres.

Tous les matins à 5 heures, quand Mumbai est encore fraîche et calme, Abbas se lève pour aller courir. Sa journée sera longue. Puisqu’après son entraînement quotidien, il travaillera 12 heures d’affilée dans un atelier de joaillerie.

« Qu’importe si j’aime mon travail, je fais ce que je sais faire. C’est quand je cours que je suis heureux », dit-il.

Réalisé par Veena Rao
Musique : Joseph Trapanese
Étalonnage : Begonia Colomar
Son : Pete Karam
Animation : Eric Rothman
Production : Nidhu Ayyagari, Byram Dhalla, Savio D’souza, Yashwant Neti, Guillerma Sanchez, Viraj Savant
Traduction : Arnav Sheth, Vivek Iyer

Interview

Veena Rao | 99.media

Veena Rao Réalisatrice

“J’aime faire des films sur l’extraordinaire du quotidien.
  • Parle-nous de toi en quelques mots, Veena.


Je suis une réalisatrice basée à New York. J’aime que le cinéma nous permette de rêver, d’éprouver de l’empathie les uns pour les autres et qu’il puisse avoir une réelle influence sur la façon dont nous voyons le monde.

J’aime faire des films sur l’extraordinaire du quotidien.

Mumbai Mornings 01 | 99.media
  • Comment est né ce film ?


J’avais prévu un voyage pour rendre visite à ma famille à Mumbai et j’avais décidé de tourner quelque chose pendant mon séjour. Un soir, j’ai raconté à l’amie d’une amie que je cherchais un sujet de film. Il se trouve qu’elle faisait partie de le même club d’athlétisme qu’Abbas et elle m’a raconté son histoire.

Peu après, je me suis présentée à l’entraînement de l’équipe et je lui ai demandé s’il serait intéressé par un tournage. Il m’a répondu qu’il était d’accord et j’ai passé les semaines suivantes à le filmer à l’entraînement, chez lui et au travail.

  • Abbas vit tellement vite qu’il semble difficile à cerner. Comment l’as-tu perçu ?


Abbas m’a semblé être très réfléchi et très attentionné. En se découvrant cette passion pour la course à pied, il a trouvé un sentiment de paix, de plénitude. Il s’est également fait de bons amis en rejoignant son club d’athlétisme. Il est très apprécié de ses coéquipiers pour sa positivité et son engagement.

“Un bon court métrage documentaire vous accroche dès les premières minutes.”
  • Ton film est empreint d’une certaine douceur, mais en même temps, on est pris par la vitesse et le rythme intense du quotidien d’Abbas. Quelle était ta démarche ?


Je voulais avant tout faire un film sur Abbas et sur la ville qui est désormais la sienne, Mumbai. J’ai choisi de longs plans statiques, dans différents quartiers de Mumbai, avec un montage plus lent pour refléter l’état de calme et de méditation qu’Abbas éprouve lorsqu’il court.

J’ai également décidé de ne pas inclure d’interviews face caméra et de n’utiliser que la voix off d’Abbas afin que le spectateur reste dans cette ambiance.

Mumbai Mornings 02 | 99.media
  • Que dit ton film de l’Inde et de Mumbai en particulier ?


J’ai un lien particulier avec Mumbai grâce à ma mère, qui y a grandi. C’était merveilleux pour moi de découvrir la ville à l’âge adulte, et j’ai voulu en faire un portrait à travers celui d’Abbas.

Je me suis également sentie chez moi à Mumbai en tant que New-Yorkaise. Ces deux villes ont une incroyable énergie : elles vous vont sentir vivant·e. Je voulais montrer un côté plus calme de Mumbai, celui qu’Abbas découvre lorsqu’il court tôt le matin.

  • Comment va Abbas aujourd’hui ?


Il va bien. Il s’est marié il y a quelques années et a récemment eu un fils. Il continue à courir régulièrement.

Mumbai Mornings 03 | 99.media
  • Que penses-tu du court métrage documentaires et des particularités de ce format ?


J’aime les courts métrages documentaires parce qu’ils révèlent juste ce qu’il faut d’un lieu, d’une personne ou d’un événement pour raconter une histoire percutante qui reste gravée dans les mémoires longtemps après le visionnage du film.

Avec le format court, le/la réalisateur·ice est contraint·e de déterminer quels sont les aspects les plus importants d’une histoire et de trouver un moyen d’articuler le film autour d’eux. La discipline nécessaire à la réalisation d’un court métrage permet de créer un film qui va droit au but et un film doté d’un point de vue fort : deux ingrédients indispensables à la réalisation d’un bon film.

Un bon court métrage documentaire vous accroche dès les premières minutes, vous fait ressentir des émotions en cours de route et vous emmène vers un endroit inattendu à la fin.

  • Y a-t-il un film que tu aimes en particulier sur 99 et que tu recommanderais ?


Il y en a tellement de bons ! J’aime beaucoup le film indien « Tungrus », un film drôle et poignant sur le coq bien-aimé d’une famille.

  • Un mot sur le fait que ton film soit désormais accessible en plusieurs langues grâce au sous-titrage ?


Je suis très enthousiaste à l’idée qu’un public plus grand puisse découvrir l’histoire d’Abbas !

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