Mattia purge une peine de 14 ans de prison pour homicide, dans une maison d’arrêt de Milan.

En mars 2015, la justice italienne l’a condamné aux côtés de son père pour le meurtre de leur voisin. Mattia avait tout juste 18 ans au moment des faits.

Au bout de 7 ans et demi derrière les barreaux, le jeune homme intègre l’une des universités les plus prestigieuses du pays, Bocconi. Autorisé à sortir de prison pendant la journée pour suivre des cours, mais obligé de retourner en cellule le soir, Mattia saisit sa chance.

Comment s’intégrer dans cette nouvelle vie qui l’attend, à l’extérieur ?
Comment vivre avec le poids du passé ?

Un court métrage documentaire réalisé par Niccolò V. Salvato

Production : Mara Cracaleanu, Melancholia Pictures
Image : Kristóf D. Keszthelyi
Son, mixage : Omar Gabriel Delnevo
Montage : Gustav Arthur Simon, Mireia Albinyana Siegert, Sophie-Dominique Parea
Étalonnage : Lacó Gaál
Musique : Ádám Salomvári

Interview

Niccolò Salvato | 99.media

Niccolò V. Salvato
Réalisateur

Je n’ai jamais regardé Mattia en pensant à son passé tragique, mais en pensant plutôt à son avenir.”
  • Peux-tu te présenter en quelques mots, Niccolò ?
    Quel a été ton parcours vers le documentaire ?


Je viens de Milan, une ville que j’ai toujours trouvée trop petite pour mes grands rêves de cinéma. En m’installant à Londres, j’ai décidé de consacrer ma vie à la réalisation.

Je crois que mon instinct de documentariste est né quand j’étais tout petit. On me filmait sans cesse avec une Panasonic DVC, et très tôt j’ai essayé d’attraper la caméra pour voir ce qu’il y avait de l’autre côté. Je crois que j’ai toujours voulu être derrière l’objectif, et que je ne supportais pas d’être devant !

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  • Comment as-tu rencontré Mattia, et comment est née l’idée du film ?


Mon père est enseignant et donne des cours universitaires en milieu carcéral. Mattia était l’un de ses étudiants et c’est comme ça que j’ai entendu parler de lui.

Un matin, je devais pitcher mon film de fin d’études, et cela faisait des semaines que ne je n’arrivais pas à trouver un sujet… Quelques heures avant le pitch, l’histoire de Mattia m’est revenue en tête, et impossible de m’en défaire. Je l’ai donc présentée sur le moment, et le projet a été validé.

  • Le problème, c’est que faire entrer une caméra en prison n’a rien d’évident. Il faut expliquer le projet, négocier avec l’administration pénitentiaire, parfois attendre des semaines ou des mois…


Entre le moment où j’ai pitché mon idée et le début du tournage, nous n’avions que trois semaines !

Heureusement, l’administration pénitentiaire a compris l’intention du projet. Beaucoup de films sur le thème de la prison avaient laissé un mauvais souvenir aux dirigeants car ils montraient l’incarcération sans nuances. Nous avons donc immédiatement précisé que notre film ne serait pas un reportage aseptisé sur la détention, mais un regard sincère porté sur la réinsertion.

Cela a été difficile et stressant, mais nous avons obtenu l’autorisation juste à temps, et une fois à l’intérieur du centre pénitentiaire, nous avons été accueillis comme à la maison. Par les surveillants comme par les détenus. C’était assez incroyable.

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  • Les professeur·es et les étudiant·es étaient-ils au courant du profil de Mattia, de son passé ? A-t-il été rejeté ou craint par certains ?


Tous les étudiants et les professeurs connaissaient le parcours de Mattia. L’université a mis en place une transition progressive : d’abord des cours en ligne suivis depuis sa cellule, puis des cours en présentiel. Et ce passage n’a pas été facile.

La plupart des étudiants étaient impatients de l’accueillir, mais certains ont exprimé des doutes, et le conseil des professeurs est resté prudent. Quand Mattia a finalement été admis en présentiel, quelques étudiants l’ont traité de « monstre ». Mattia a fait face à la situation, calmement, et les choses se sont apaisées.

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  • On te voit à l’écran lors des interviews de Mattia à l’université. On entend ta voix, mais on ne t’aperçoit qu’à distance, à ses côtés. Pourquoi ce choix ?


Je ne plaisantais pas en disant que je déteste me voir à l’image !

À l’origine, le style que j’envisageais devait être purement observationnel. Mais dès le premier jour de tournage, Mattia était très mal à l’aise devant la caméra. Imaginez un instant : vous sortez de prison, vous marchez dans la rue après 9 ans d’isolement, et vous avez toute une équipe de cinéma qui vous suit comme un phénomène de foire…


J’ai donc changé d’idée, en créant un dialogue entre Mattia et moi, un dialogue entre Mattia et la société. Pour cela, j’ai choisi une mise en image distante, une approche presque « caméra de surveillance ». L’idée était de traduire à l’image ce que ressentait Mattia : l’impression d’être constamment épié et l’impression d’être trop petit pour le monde extérieur.

Mattia prouve que la réinsertion peut vraiment fonctionner.”
  • Certains auraient ajouté de la musique dramatique ou de la tension à cette histoire. Au contraire, ton film est empreint d’une atmosphère très légère, même dans les scènes en prison.


Je n’ai jamais regardé Mattia en pensant à son passé tragique, mais en pensant plutôt à son avenir. Pour moi, il avait quelque chose d’un enfant curieux, avide de découvrir et prêt à renaître. Alors j’ai choisi la légèreté.

  • Comment vont Mattia et son père aujourd’hui ?


Après l’université, Mattia a trouvé un travail, il a une petite amie, et il a finalement été libéré après presque 11 ans de rétention, en même temps que son père.

C’est difficile d’appeler ça un « happy end » et Mattia insiste toujours là-dessus, mais j’aime le voir comme l’exemple parfait d’une réinsertion réussie. Mattia prouve que la réinsertion peut vraiment fonctionner.

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  • Tu travailles maintenant sur un projet de série documentaire. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, avec Mara, ma productrice, nous avons toujours pensé cette thématique de la réinsertion avec une perspective plus large. Nous développons depuis trois ans une docu-série à l’échelle européenne, et nous venons tout juste de commencer le tournage.

Le projet suit trois détenus condamnés pour meurtre, chacun dans un pays différent en Europe, et leur parcours vers la réinsertion. Cela ouvre une réflexion plus large sur la manière dont les différents systèmes judiciaires envisagent la réhabilitation.
  • Quel regard portes-tu sur le format du court métrage documentaire ?

La réalité est plus importante que jamais, et les documentaires éveillent la curiosité. Ils nous donnent accès à des réalités que nous ne verrons peut-être jamais de nos propres yeux.
Dans une époque où l’attention se réduit, malheureusement, les courts métrages documentaires peuvent vraiment toucher davantage de gens et avoir un impact.
  • Y a-t-il un film sur 99 qui t’a marqué et que tu recommanderais ?


Ciel Dégagé.
 J’ai été attiré par ce film parce que je trouve les enfants fascinants dans leur manière de voir le monde. Et puis le film montre la situation ukrainiene avec un point de vue totalement différent. Il faut vraiment le voir !

  • Que penses-tu de 99 et du fait que ton film soit maintenant sous-titré en plusieurs langues ?


C’est exactement pour ça que j’ai fait ce film : pour que des gens du monde entier puissent découvrir cette histoire de vie et, peut-être, ouvrir un débat sur ce qu’est réellement la prison. Je me considère très chanceux que le film soit disponible sur 99 !

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