Face à la caméra, des réfugiés syriens racontent le deuil, l’exil, la souffrance.
Ils ont quitté leur pays pour trouver refuge en Grèce, laissant leurs vies derrière eux.

 

Des femmes, des hommes et des enfants se succèdent devant l’objectif, isolés de leur camp de réfugiés le temps d’une interview par un simple décor gris. Ils racontent les explosions, les tortures, les restrictions. Leur dangereuse traversée de la mer Égée jusqu’à cette Europe dont ils ont embrassé la terre en débarquant mais qui fait d’eux des réfugiés, des indésirables.

 

« La Syrie a été anéantie. Mon pays n’existe plus », raconte une femme.
« Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. »

• Réalisation : Matthew Kazuo Firpo
• Producteur exécutif : Maximilian Guen
• Producteurs : Matteo Zevi, Haris Katsigiannis, Rosanna Bach, Matthew K. Firpo
• Directeur de la photographie : Jake Saner
• Montage et deuxième caméra : Stephen Michael Simon
• Musique : Shane Carruth
• Mixage : Sean Higgins
• Étalonnage : Josh Bohoskey, The Mill
• Images drone : RT – Ruptly
• Sous-titrage : Nina Arbanti, Perrine Bendahmane, Wendy Bustamante, Nancy Chantre, Flavie Fabre, Leslie Gambini, Morgane Helstroffer, Laurine Labbe, Saphia Matrainghand, Mathilde Rousseau (ESTRI – Université Catholique de Lyon)

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Interview

Matthew Kazuo Firpo | 99.media

Matthew Kazuo Firpo
Réalisateur

« Il y a des millions d’autres histoires
de deuils, de souffrances et d’espoir
que nous n’entendrons jamais. »
  • Comment est né ce projet ?

 

À l’automne 2015, je venais de terminer un long projet de film pour une marque et les médias parlaient beaucoup de la crise des réfugiés, ici aux États-Unis. Je lisais les informations, je voyais des photos, je découvrais toute cette détresse et ces morts en mer Égée. Je voulais en savoir plus sur celles et ceux qui vivaient ces drames.

 

Je voulais en savoir plus sur leurs histoires, sur ce qu’ils avaient perdu, ce qu’ils avaient laissé derrière eux et sur les espoirs. La couverture médiatique semblait oublier les êtres humains qui vivaient ces drames. Le Refuge Project est donc né de ce désir d’en apprendre davantage. Je voulais comprendre la crise au niveau humain et, plus que tout, je voulais aider. Et en donnant vie à ce projet, je me suis engagé à aider de la manière que je maîtrise le mieux : en racontant et partageant des histoires humaines.

 
 

  • Comment s’est organisé le tournage en amont ?

 

Nous avons quitté New York le 2 janvier, après quelques semaines chargées durant lesquelles nous avons fait beaucoup de planification et de recherches. Nous avons appelé par téléphone des journalistes et des fixeurs qui travaillaient sur place.

 

Avant de partir, j’avais longuement parlé à Matteo Zevi, un ami qui est ensuite devenu l’un des producteurs du film. Matteo avait quitté son travail quelques mois plus tôt pour faire du bénévolat en Grèce et son expérience à bien des égards a façonné ce qui allait devenir notre voyage.

 

J’ai demandé à de nombreux amis de m’accompagner. Chacun a accepté de participer, d’offrir de son temps, de payer son propre billet d’avion. Parce que nous avions tous et toutes l’obligation morale de faire quelque chose.

 

Nous avons fait appel à tous nos contacts pour obtenir le matériel dont nous avions besoin. Nous avons pris l’avion et nous nous sommes retrouvés le lendemain à Athènes. C’était la première fois que je me rendais en Grèce.

Refuge | 99.media
  • Comment avez-vous rencontré les personnes interviewées dans le film ?
    
Comment se sont-elles décidées à s’ouvrir, à se raconter face à la caméra ?

 

Toutes les personnes que nous avons interviewées dans le film ont été rencontrées sur place, spontanément.

 

Nous nous sommes rendus dans quatre camps de réfugiés, autour d’Athènes et sur les îles de Lesbos et de Leros. Pour trouver des personnes à interviewer, nous avons parcouru chaque camp, en demandant à des centaines de personnes si elles souhaitaient nous raconter leurs histoires, jusqu’à ce que certaines d’entre elles nous disent oui. C’était aussi simple que cela.

 

Ce film ne raconte qu’un petit nombre d’histoires, celles de femmes et d’hommes parmi des milliers d’autres. Quand vous pensez à l’ampleur de la crise syrienne, vous réalisez qu’il y a des millions d’autres histoires comme celles que nous effleurons dans le film. Ainsi ce film n’est qu’un « échantillon arbitraire ». Il y a des millions d’autres histoires de deuils, de souffrances et d’espoir que nous n’entendrons jamais.

 

Je pense que la puissance de ces interviews naît de la nature crue des blessures qu’elles racontent. Pour beaucoup de personnes à qui nous avons parlé, ces événements venaient tout juste de se produire : la perte d’un être cher, la destruction d’un foyer, le fait de tout quitter.

 

Depuis leur fuite vers la Grèce, depuis leur traversée, ces gens n’avaient pas encore exprimé à voix haute ce qu’ils ressentaient. Et qui plus est, ils étaient entourés de personnes qui avaient subi exactement les mêmes souffrances.

 

Nous avons été stupéfaits par la gratitude des personnes interrogées. La possibilité pour elles de simplement raconter leurs histoires à voix haute à quelqu’un qui les écoutait, cela voulait dire beaucoup. Il s’agissait là de leur première occasion d’analyser le traumatisme qu’elles avaient vécu.

 

Je pense aussi que le dispositif que nous avons mis en place pour les interviewer a permis une certaine intimité. Le lien humain était primordial pour moi. Nous avons ainsi travaillé avec des traducteurs bénévoles, dont beaucoup étaient des réfugiés eux-mêmes.

 

Nous voulions séparer les personnes interrogées de leur contexte et nous concentrer sur les individus, pas sur les camps de réfugiés. Il s’agissait de s’asseoir avec quelqu’un et de prendre le temps d’apprendre son nom, ses peurs, ses espoirs.

Refuge | 99.media
  • Un mot sur 99.media et l’adaptation multilingue de ton film ?


L’objectif de ce film consiste à partager ces histoires, à porter un message de dignité, à créer de l’empathie auprès d’une audience la plus large possible.


99.media s’est lancé dans une belle aventure pour partager des films avec le monde. Ainsi, le sous-titrage de mon film dans une demi-douzaine de langues permet un impact interculturel d’une façon dont j’ai toujours rêvé.

 

Je vois mon film toucher de nouvelles personnes, accroître sa portée. Je suis reconnaissant de voir mon film sur cette plateforme.

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